À l’approche de la rentrée parlementaire, les discussions s’intensifient au sein de l’opposition ivoirienne autour de la réforme de l’organe électoral. La rencontre tenue à Cocody avec le PDCI-RDA s’inscrit dans cette dynamique de concertation initiée par la CAP-CI, l’ADCI et le groupement conduit par Simone Ehivet Gbagbo. L’objectif affiché est de parvenir à une unité d’action de l’opposition sur la question d’un organe électoral jugé transparent et inclusif, ainsi que sur les conditions de consolidation de la démocratie.
Pour les initiateurs de la concertation, l’enjeu n’est pas nécessairement de parvenir immédiatement à une proposition identique sur tous les aspects de la réforme. Chaque formation politique pouvant conserver ses propres suggestions, la priorité est plutôt de dégager une position commune sur le principe d’un dialogue avec le gouvernement. « Ce que nous recherchons principalement, c’est que nous soyons ensemble », a expliqué l’un des participants à la rencontre, estimant que les différentes composantes de l’opposition doivent pouvoir porter collectivement leurs préoccupations.
L’opposition souhaite surtout éviter que la réforme du futur organe électoral soit décidée unilatéralement par le gouvernement. Elle réclame, au contraire, un processus prenant en compte les préoccupations des acteurs politiques et sociaux. Le calendrier constitue, à cet égard, un enjeu majeur. Les initiateurs de la concertation souhaitent parvenir à un accord avant la rentrée parlementaire et avant l’éventuelle transmission d’un texte aux députés.
Deux conditions sont ainsi mises en avant : l’acceptation, par le gouvernement, du principe d’un dialogue et la capacité de l’opposition à se présenter à cette concertation avec une proposition consensuelle.
« Au nom de la paix et de la concorde nationale »
Que se passera-t-il si le gouvernement ne retient pas les propositions de l’opposition ? La réponse avancée est claire : poursuivre les démarches pour obtenir l’ouverture du dialogue. Les initiateurs de la concertation estiment qu’au nom de la paix et de la concorde nationale, le gouvernement doit pouvoir échanger avec les forces politiques de l’opposition sur une réforme aussi sensible.
Ils s’interrogent notamment sur la cohérence d’une démarche qui consisterait, pour le gouvernement, à s’inspirer d’expériences menées dans plusieurs pays africains sans, dans le même temps, engager une concertation approfondie avec les acteurs politiques nationaux.
Autre argument avancé par les acteurs de la concertation : la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), que le gouvernement aurait justifiée par les plaintes exprimées par l’opposition. Pour les initiateurs, cette justification implique que les préoccupations exprimées par l’opposition soient effectivement prises en compte dans la conception du nouvel organe électoral.
Ils rappellent également les propos tenus par le Premier ministre lors de sa rencontre avec les forces politiques à l’Assemblée nationale, et s’interrogent sur les modalités concrètes permettant de recueillir et d’intégrer les propositions de l’opposition en l’absence d’un cadre formel d’échanges. D’où leur demande insistante : la mise en place d’un cadre de dialogue consacré à la réforme de l’organe électoral.
Prévenir les tensions électorales
Au-delà de la réforme institutionnelle, les initiateurs de la concertation placent leur démarche sous le signe de la prévention des crises électorales. L’objectif, expliquent-ils, est de créer les conditions nécessaires pour que les prochaines échéances électorales se déroulent dans un climat de paix, de stabilité et de confiance entre les différents acteurs. Ils évoquent notamment les épisodes de tensions que le pays a connus par le passé, citant les années 2001 et 2025, pour justifier la nécessité d’anticiper les éventuels désaccords.
Pour les promoteurs de cette concertation, la réforme de l’organe électoral ne saurait donc se limiter à une question institutionnelle. Elle constitue également, selon eux, un enjeu de confiance politique et de stabilité nationale.
L’objectif de l’opposition est désormais de parvenir à travers ces rencontres avec les différentes composantes de l’opposition, à une plateforme commune, susceptible d’être portée devant le gouvernement avant que le débat ne s’installe au Parlement.
Eric KOUAKOU