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Mais derrière cette nouvelle ruée vers l’uranium se profile une question lourde de conséquences : les populations africaines devront-elles encore payer le prix humain et environnemental de l’industrie nucléaire française ?
Depuis la rupture diplomatique entre Paris et Niamey consécutive à l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en 2023, les relations entre le Niger et le géant nucléaire français Orano n’ont cessé de se détériorer. En juin 2025, le gouvernement nigérien a retiré à l’entreprise française ses parts dans la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), avant d’acter définitivement la fin de l’exploitation française en annulant la concession de la mine d’Arlit et en créant une nouvelle société d’État chargée de l’uranium.
Cette décision marque un tournant historique pour le Niger, longtemps considéré comme l’un des piliers de l’approvisionnement nucléaire français. Le pays représentait la deuxième source d’uranium de la France après le Kazakhstan.
Face à cette perte stratégique, Paris cherche désormais à sécuriser un nouveau “portefeuille africain” pour alimenter son industrie nucléaire. Selon plusieurs médias économiques africains, le Botswana serait aujourd’hui l’alternative la plus crédible. Réputé pour ses diamants, le pays disposerait également de réserves d’uranium estimées à près de 800 000 tonnes.
Mais au Niger, le départ d’Orano laisse derrière lui un héritage controversé que les autorités françaises et l’entreprise peinent à assumer. Pendant des décennies, les populations vivant autour des sites miniers d’Arlit et d’Akokan ont dénoncé des promesses de développement jamais tenues. Malgré l’immense richesse extraite du sous-sol nigérien, les habitants continuent de vivre dans des conditions précaires, avec un accès limité à l’eau potable, aux infrastructures sanitaires et aux soins spécialisés.
À cela s’ajoutent les accusations récurrentes de contamination radioactive et de pollution environnementale liées aux activités minières. Plusieurs organisations de la société civile et ONG internationales ont documenté la présence de déchets radioactifs, la pollution des nappes phréatiques et l’exposition des travailleurs comme des riverains à des substances toxiques.
Dans les régions minières, de nombreux anciens employés et habitants affirment souffrir de maladies respiratoires, de cancers et de pathologies chroniques qu’ils associent à l’exploitation de l’uranium. Beaucoup dénoncent l’absence de suivi médical sérieux, l’opacité autour des risques sanitaires et le manque de reconnaissance des victimes.
L’environnement local porte également les stigmates de plusieurs décennies d’extraction intensive. Dégradation des sols, raréfaction des ressources en eau, poussières contaminées transportées par les vents du désert, atteintes à la biodiversité sahélienne : les conséquences écologiques restent profondes et suscitent une colère croissante parmi les communautés affectées. Pour de nombreux Nigériens, la nationalisation de l’uranium dépasse désormais le simple enjeu économique. Elle symbolise une volonté de reprendre le contrôle des ressources nationales après des décennies d’exploitation perçue comme déséquilibrée au profit des puissances étrangères.
Le Botswana, qui attire aujourd’hui l’intérêt des industriels français, observe attentivement cette expérience nigérienne. Si le pays dispose d’un environnement politique plus stable et d’une tradition de gouvernance minière mieux structurée, plusieurs voix appellent déjà à la prudence afin d’éviter les dérives observées ailleurs sur le continent.
Car au-delà des enjeux énergétiques et géopolitiques, une question demeure : l’Afrique continuera-t-elle à alimenter les centrales nucléaires européennes au prix de la santé de ses populations et de la destruction de ses écosystèmes ?
J.F.PAGNI