Les trois hommes, tous cadres du Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), sont candidats dans différentes circonscriptions du pays, malgré leur incarcération.
Blaise Lasm, cadre du Parti des peuples africains–Côte d’Ivoire (PPA-CI), mais investi par le PDCI-RDA, est tête de liste dans la circonscription de Dabou, Lopou et Toupah. Il est accompagné sur la liste par Lorng Essane Karidja. Brédoumy Soumaïla, secrétaire exécutif adjoint et porte-parole du PDCI-RDA, brigue un nouveau mandat dans la circonscription de Kokomian, Tankessé et Tienkoikro. Innocent Yao, président de la Jeunesse rurale du PDCI-RDA, est candidat à Akpassanou, Ananda et Ouellé.
Blaise Lasm a été placé sous mandat de dépôt le lundi 29 septembre 2025, puis transféré au PPA, en même temps que Dahi Nestor, autre cadre du PPA-CI. Selon son avocate, Me Roseline Serikpa, il est poursuivi pour « appel à l’insurrection », « trouble à l’ordre public » et « inobservation d’une décision du Conseil constitutionnel ».
Brédoumy Soumaïla, convoqué le mercredi 26 novembre 2025 à la Préfecture de police d’Abidjan, à Abobo, a été gardé à vue après plusieurs heures d’audition. Son avocat, Me Blessy Chrysostome, a dénoncé une « grave atteinte à l’immunité parlementaire ». Le parquet lui reproche onze chefs d’accusation, dont actes terroristes, complot contre l’autorité de l’État, incitation à la révolte populaire et incendie volontaire de biens publics et privés. Le PDCI-RDA évoque une procédure de flagrant délit. Innocent Yao, pour sa part, est inculpé dans une information judiciaire liée à la crise postélectorale d’octobre 2020, pour des faits qualifiés d’actes de terrorisme, d’attentat et de complot contre l’autorité de l’État.
Depuis l’ouverture officielle de la campagne électorale, le vendredi 19 décembre 2025, les trois candidats sont absents du terrain. Leur présence est assurée par des suppléants, des proches collaborateurs et des cadres du PDCI-RDA, qui multiplient les meetings de proximité, le porte-à-porte, les affiches et les t-shirts à leur effigie. Les réseaux sociaux complètent ce dispositif, notamment pour toucher les électeurs urbains et connectés.
Le cas particulier de Blaise Lasm
Selon une source proche du candidat, Blaise Lasm a donné des consignes strictes depuis sa détention. Il a demandé que ses propres canaux de communication sur les réseaux sociaux ne soient pas utilisés à des fins de campagne et que ses proches évitent toute attaque contre le PPA-CI et son président, Laurent Gbagbo.
Révoqué de ses fonctions au sein du PPA-CI pour avoir maintenu sa candidature sous la bannière du PDCI-RDA, Blaise Lasm entend éviter toute posture de défi. La direction de sa campagne est ainsi entièrement assurée par le PDCI-RDA, qui communique sur ses propres plateformes.
« Ils sont sur le terrain, ils font du porte-à-porte. Il a voulu rester discret sur les réseaux sociaux pour ne pas donner l’impression de défier ouvertement son parti d’origine », explique la source. Le dimanche 21 décembre 2025, son équipe aurait sillonné une dizaine de villages dans le département de Dabou.
Dans les circonscriptions de Brédoumy Soumaïla et d’Innocent Yao, la mobilisation est assurée par les cadres du parti. Le dimanche 21 décembre, la page Facebook « PDCI TV » a relayé des images du lancement de la campagne à Tankessé, avec un message attribué au président du parti, Cheick Tidjane Thiam, appelant les militants à voter massivement pour Brédoumy Soumaïla. Une dynamique similaire est observée autour d’Innocent Yao, dont l’absence physique est compensée par une forte présence militante.
Pour une partie de l’électorat, l’incarcération de ces candidats peut être perçue comme une injustice, suscitant empathie et solidarité. Cet effet peut se traduire par un vote sanction ou un soutien renforcé dans les urnes. À l’inverse, l’absence prolongée du terrain, le manque de contact direct avec les électeurs et l’incertitude sur une éventuelle libération constituent de sérieux handicaps. Pour certains sympathisants, ces facteurs peuvent semer le doute et décourager la mobilisation.
Ce que dit la loi
Le Code électoral ivoirien n’interdit pas à une personne détenue de se porter candidate aux élections législatives. Tant qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée, une personne poursuivie ou condamnée en première instance reste éligible.
Cette position a été récemment confirmée par le Conseil constitutionnel dans le cas de Hien Kambiré Ibrahim, candidat indépendant à Bingerville. Saisi sur sa candidature, le Conseil arejeté les requêtes en contestation d’éligibilité, comme l’a annoncé la Commission électorale indépendante (CEI) le 9 décembre 2025. Le président de la CEI, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, avait auparavant rappelé ces dispositions légales devant la presse.
Pour Blaise Lasm, Brédoumy Soumaïla et Innocent Yao, le scrutin du 27 décembre 2025 représente bien plus qu’un enjeu politique. Une victoire pourrait rebattre les cartes, tant sur le plan judiciaire que politique, et offrir une possible porte de sortie à des candidats qui, malgré les barreaux, entendent rester dans la course.
E.KOUAKOU