La passe d’armes avait commencé discrètement. Elle s’est transformée, quelques semaines plus tard, en véritable bras de fer diplomatique.
À la fin du mois de juillet, la mission permanente de la France auprès des Nations unies à Genève publiait sur X un message particulièrement critique à l’égard de Washington. En réaction, les autorités américaines auraient bloqué la procédure d’agrément du nouvel ambassadeur français aux États-Unis, Aurélien Lechevallier. Après plusieurs semaines d’impasse, Paris a finalement fait un geste en direction de Washington. Une déclaration publiée vendredi 11 septembre par la mission française auprès de l’ONU a cherché à désamorcer la polémique, en relativisant la portée du différend et en réaffirmant l’importance de l’alliance franco-américaine.
Un message français qui provoque la colère de Washington
Tout part d’un vote intervenu le 24 juillet dans le cadre des travaux des Nations unies. Les États-Unis s’étaient alors opposés, aux côtés notamment de la Russie et de la Corée du Nord, au renouvellement pour quatre ans du mandat de Volker Türk au poste de Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Selon le New York Times, Washington avait notamment justifié son opposition par les critiques formulées par Volker Türk à l’égard des États-Unis et d’Israël, ainsi que par ses positions concernant certains régimes, notamment en Iran et à Cuba.
Le lendemain, la mission permanente de la France auprès de l’ONU à Genève réagissait publiquement sur X. Elle dénonçait l’évolution de la position américaine sur les droits humains et estimait que les États-Unis se retrouvaient désormais « isolés » sur la scène internationale. Le message, rapidement supprimé, n’est toutefois pas passé inaperçu à Washington.
Dans les colonnes du New York Post, la politique étrangère d’Emmanuel Macron fait par ailleurs l’objet d’une virulente charge. Le quotidien conservateur reproche notamment au président français ses positions sur la reconnaissance d’un État palestinien et son approche du dossier libanais.
Washington bloque la nomination du nouvel ambassadeur
La réaction américaine ne s’est pas limitée à une protestation diplomatique. Selon le New York Times, Washington a fait savoir à Paris que la nomination d’Aurélien Lechevallier comme ambassadeur de France aux États-Unis ne serait pas approuvée tant que le différend lié au message de la mission française ne serait pas réglé.
Le principe est classique : la nomination d’un ambassadeur doit obtenir l’agrément du pays d’accueil. Dans ce cas précis, cette procédure serait devenue un moyen de pression dans le bras de fer entre les deux capitales. Une décision saluée par le New York Post, qui estimait néanmoins que le blocage de la nomination ne constituait qu’une réponse limitée aux désaccords plus profonds entre Paris et Washington. La pression américaine semble finalement avoir porté ses fruits.
Vendredi 11 septembre, la mission permanente de la France auprès des Nations unies à Genève a publié un communiqué destiné à tourner la page. Paris y reconnaît que la France et les États-Unis ont adopté « des positions divergentes lors d’un vote à l’Assemblée générale des Nations unies », tout en soulignant que cette divergence ne portait que sur « un seul vote ». Surtout, la France a tenu à réaffirmer la solidité de la relation avec Washington.
« Les divergences d’opinions publiques sur un vote ne font pas obstacle à un dialogue étroit avec les États-Unis et ne remettent pas en cause notre alliance historique », affirme le communiqué, qui insiste également sur la volonté des deux pays de continuer à travailler ensemble sur les questions de paix, de stabilité et de prospérité. Pour le New York Times, ce geste français constitue une forme d’excuse diplomatique destinée à débloquer la nomination d’Aurélien Lechevallier.
« Paris a capitulé »
À Londres, le quotidien The Times interprète cette évolution de manière beaucoup plus sévère. Le journal estime que « Paris a capitulé » face à Washington et souligne le caractère inhabituel de telles concessions dans les relations entre deux puissances alliées. Cette lecture est également partagée, sous une autre forme, par Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux États-Unis. Interrogé par le New York Times, le diplomate français estime que Paris a commis une erreur en laissant la situation s’envenimer. « Les Français ont commis une erreur ; ils en paient le prix. Ils auraient dû agir plus tôt », juge-t-il, estimant que Washington a su tirer parti de la situation.
Au-delà de l’épisode diplomatique, cette affaire met en lumière la fragilité des relations entre la France et les États-Unis sur plusieurs dossiers internationaux. Alors que Paris cherche à défendre une voix européenne et multilatérale, Washington, sous Donald Trump, entend imposer plus fermement ses propres priorités.
La nomination d’Aurélien Lechevallier devrait désormais pouvoir sortir de l’impasse. Mais l’épisode laisse derrière lui une question plus large : jusqu’où Paris est-il prêt à aller pour préserver sa relation avec Washington lorsque leurs positions diplomatiques divergent ?
J.F.PAGNI