Conformément au calendrier électoral, les candidats et partis politiques disposaient d’un délai allant jusqu’au lundi 5 janvier 2026 pour saisir la haute juridiction. Ce délai désormais expiré, le Conseil constitutionnel est entré dans la phase d’examen des recours introduits. Dans plusieurs circonscriptions, l’issue du scrutin reste incertaine et certains sièges de députés pourraient être remis en jeu. Parmi les dossiers les plus suivis figure celui d’Assalé Tiémoko Antoine. Député sortant et maire de Tiassalé, il a été déclaré perdant dans la circonscription de Morokro et Tiassalé (communes et sous-préfectures), avec 45,88 % des suffrages, face au candidat du Rhdp, Alpha Sanogo, crédité de 52,42 %, selon les résultats provisoires de la Cei.
Lors d’une conférence de presse tenue le 30 décembre 2025 à Abidjan-Cocody, dans les locaux de son mouvement Aujourd’hui et demain, la Côte d’Ivoire (Adci), Assalé Tiémoko Antoine a dénoncé de « graves irrégularités » et des actes de fraude électorale. Il affirme que ces pratiques auraient permis de « renverser le verdict des procès-verbaux authentiques » et a annoncé la saisine formelle du Conseil constitutionnel. « Je ne renoncerai pas à chercher la vérité et la justice pour préserver l’intégrité du suffrage », a-t-il martelé.
Contactée par L’Inter, une source proche du candidat du Rhdp indique qu’Alpha Sanogo a donné pour consigne à son entourage de ne pas répondre aux accusations. « On l’attend au Conseil constitutionnel. C’est son droit de faire un recours. Le Conseil constitutionnel va trancher. Nous, on n’a rien à dire », a confié la source.
Yopougon : un recours contre l’élection d’Adama Bictogo
La circonscription de Yopougon est également au cœur du contentieux. La liste d’opposition « Tous ensemble pour la Côte d’Ivoire » a annoncé avoir déposé un recours en annulation du scrutin, contestant l’élection du président de l’Assemblée nationale sortant, Adama Bictogo, candidat du Rhdp. L’annonce a été faite le mercredi 7 janvier 2026 par le directeur de campagne de la liste, Kouakou Kouamé Guillaume, lors d’une déclaration à Abidjan-Yopougon. « Nos avocats ont été instruits de saisir le Conseil constitutionnel avec l’ensemble des éléments de preuve, y compris des constats de commissaires de justice », a-t-il précisé.
Cette coalition regroupe le Pdci-Rda, le Fpi et l’Adci, et est conduite par Yohou Dia Houphouët, vice-président du Pdci-Rda. Elle dénonce de « graves irrégularités » lors du scrutin. En attendant la décision du Conseil constitutionnel, la direction de campagne a appelé ses militants au calme et à la retenue, tout en réaffirmant sa confiance dans les institutions.
Dans la circonscription d’Ando-Kekrenou, Béoumi et Kondrobo, le camp du candidat du Rhdp, Sidi Tiémoko Touré, accuse son adversaire du Pdci-Rda, Me Blessy Chrysostome, de propos à caractère xénophobe et tribal tenus durant la campagne. Dans un document transmis à L’Inter le 6 janvier 2026, le staff du candidat du Rhdp estime que ces déclarations, jugées contraires à la Constitution, ont influencé le vote en défaveur de Sidi Tiémoko Touré. Joint par téléphone le même jour, Me Blessy Chrysostome, déclaré vainqueur provisoire par la Cei, a indiqué avoir déjà répondu à ces accusations devant le Conseil constitutionnel, refusant tout commentaire médiatique supplémentaire.
À Danané, les candidats proclamés élus, Guillaume Gbato et Dr Souleymane Soumahoro, ont annoncé avoir été officiellement informés de l’existence d’un recours en annulation visant leur élection. Dans une déclaration publiée le 7 janvier 2026, ils indiquent que ce recours a été introduit par les députés sortants Berni Naman et Olivier Melo.
Le recours évoque notamment l’interpellation de quatre personnes le jour du vote en possession de cartes d’électeurs ne leur appartenant pas, ainsi que des procès-verbaux supposément mal renseignés. Des accusations que les deux élus provisoires rejettent catégoriquement, les qualifiant de mensongères. Ils affirment avoir saisi leurs avocats et appellent les populations locales au calme.
Une liste définitive attendue le 16 janvier
Selon le président de la Cei, Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, la liste des députés dont l’élection ne fait l’objet d’aucun contentieux sera transmise sans délai à l’Assemblée nationale. « Dans tous les cas, la liste finale sera disponible au plus tard le 16 janvier 2026 », a-t-il précisé. Il a également annoncé que la première session de l’Assemblée nationale pour la législature 2025-2030 s’ouvrira le lundi 19 janvier 2026.
D’ici là, l’ensemble des regards reste tourné vers le Conseil constitutionnel, dont les décisions pourraient redessiner la configuration du Parlement issu des législatives de décembre 2025.
E.KOUAKOU avec l’Inter