Le message est clair : pour Marine Le Pen, la France doit revoir à la baisse son soutien financier à l’Ukraine. Invitée mercredi sur LCI, la candidate du Rassemblement national a estimé que Paris ne pouvait plus continuer à aider Kiev « à proportion » de ce qui est fait actuellement, invoquant la situation des finances publiques françaises. « Ce n’est pas un acte d’hostilité à l’égard de l’Ukraine », a-t-elle assuré. La candidate du RN affirme que la France pourrait continuer à former les soldats ukrainiens et à fournir du matériel destiné à leur défense. En revanche, sur le volet financier, elle juge que le pays « ne peut plus » poursuivre son effort au même niveau.
« Il n’y a pas un euro » pour les retraites, dénonce Marine Le Pen
Pour justifier sa position, Marine Le Pen a établi un parallèle avec les efforts budgétaires demandés aux Français. « On ne peut pas dire d’un côté il n’y a pas un euro […] pour indexer les retraites mais, en revanche, il y a des milliards pour la contribution nette à l’Union européenne », a-t-elle déclaré.
Cette prise de position intervient alors que le gouvernement prépare un budget 2027 marqué par un important effort d’économies. L’exécutif prévoit actuellement plusieurs dizaines de milliards d’euros d’économies afin de réduire le déficit public, dans un contexte de hausse des coûts d’emprunt et de fortes tensions sur les finances de l’État.
Le RN veut limiter l’aide financière à Kiev
La déclaration de Marine Le Pen intervient après plusieurs prises de position de responsables du RN sur le soutien français à l’Ukraine. Début septembre, le vice-président du parti Louis Aliot avait proposé de « couper le robinet » des aides à Kiev en cas d’arrivée du RN au pouvoir. Cette déclaration avait provoqué de nombreuses réactions parmi les adversaires politiques du parti.
Depuis, plusieurs responsables du RN ont précisé leur position. Le député Laurent Jacobelli a notamment défendu un soutien à l’Ukraine qui ne se ferait pas « au prix de la vie financière de la France », tout en affirmant que l’aide humanitaire, la formation et le soutien militaire défensif pourraient être maintenus sous certaines conditions. Le Pen s’inscrit désormais dans cette ligne en distinguant l’aide financière des autres formes de soutien à Kiev. Cette position est devenue un sujet de confrontation dans la campagne présidentielle.
Les adversaires de Marine Le Pen lui reprochent notamment ses positions passées sur la Russie. Ils rappellent sa rencontre avec Vladimir Poutine au Kremlin en 2017 ainsi que le prêt contracté par le Front national auprès d’une banque russe dans les années 2010. Le RN conteste les accusations selon lesquelles sa politique actuelle serait dictée par une proximité avec Moscou.
Édouard Philippe avait notamment accusé Marine Le Pen de vouloir « affaiblir l’Ukraine » et « servir la Russie », ce qui avait provoqué une riposte de la candidate du RN sur son bilan en matière internationale.
Marine Le Pen plaide pour une issue diplomatique
Sur le fond du conflit, la candidate du RN défend depuis le début de l’invasion russe une solution négociée. Elle appelle à l’organisation d’une « grande conférence pour la paix » afin de parvenir à un « règlement diplomatique » de la guerre. La question du financement de l’aide à l’Ukraine devrait ainsi continuer à occuper une place importante dans la campagne présidentielle. Alors que Paris et ses partenaires européens cherchent à maintenir leur soutien à Kiev, Marine Le Pen fait de la contrainte budgétaire française un argument central pour demander une réduction de l’effort financier.
Pour Emmanuel Macron et son gouvernement, le débat porte désormais autant sur le niveau de soutien à l’Ukraine que sur les arbitrages budgétaires de la France.
J.F.PAGNI