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En France, le débat a été relancé mardi 20 janvier par le député ‘’La France insoumise’’, Éric Coquerel, qui a publiquement appelé la Fifa à revoir son dispositif. Selon lui, il serait encore possible de faire disputer l’intégralité de la compétition au Canada et au Mexique, en écartant les États-Unis. « Sérieusement, peut-on imaginer jouer une Coupe du monde dans un pays qui agresse ses voisins, menace d’envahir le Groenland, remet en cause le droit international, affaiblit l’Onu, instaure une milice fasciste et raciste, s’attaque aux oppositions, interdit l’accès à ses stades aux supporters de nombreux pays et envisage de bannir tout signe Lgbt ? », s’est interrogé l’élu sur le réseau X.
Un changement de cap de la Fifa apparaît toutefois hautement improbable. Les liens étroits entre son président, Gianni Infantino, et Donald Trump sont régulièrement soulignés par les observateurs. Début décembre, lors du tirage au sort de la compétition, le président américain s’était même vu remettre un « prix de la paix » par l’instance mondiale du football, un geste qui avait déjà suscité de nombreuses critiques.
Interrogée à ce sujet, la ministre française des Sports, Marina Ferrari, a pour sa part refroidi les ardeurs des partisans d’un boycott. En marge des vœux du Comité national olympique et sportif français (Cnosf), elle a affirmé qu’« au stade où nous parlons, il n’y a pas de volonté de boycott du côté du ministère de cette grande compétition attendue par le public ». « Je ne préjuge pas de ce qui pourrait se passer, mais j’ai entendu certaines voix s’élever, venant de blocs politiques spécifiques », a-t-elle ajouté, en référence implicite à l’appel d’Éric Coquerel, avant de plaider pour une séparation entre sport et politique.
La question d’un boycott ne se limite toutefois pas à la France. Au Royaume-Uni, comme en Allemagne, plusieurs responsables politiques ont également évoqué cette possibilité, notamment en réaction aux déclarations de Donald Trump sur une éventuelle annexion du Groenland. En Allemagne, le gouvernement adopte, pour l’heure, une position prudente. Dans un courriel adressé à l’Afp, la secrétaire d’État aux Sports Christiane Schenderlein a indiqué que la décision d’un éventuel boycott relève exclusivement des instances sportives. « Cette évaluation incombe à la Fédération allemande de football (Dfb) et à la Fifa. Le gouvernement fédéral respectera leur appréciation », a-t-elle précisé, rappelant l’attachement de Berlin à l’autonomie du sport.
L’idée progresse néanmoins dans l’opinion publique. Selon un sondage de l’institut Insa pour le quotidien Bild, 47 % des Allemands se déclareraient favorables à un boycott en cas d’annexion effective du Groenland par les États-Unis, tandis que 35 % y seraient opposés.
Soutien appuyé de Claude Le Roy
Le débat a également trouvé un écho inattendu en Afrique. Critiqué pour son attitude lors de la finale de la Can 2025 malgré son sacre, le Sénégal a reçu le soutien appuyé de Claude Le Roy. L’ancien sélectionneur français, figure respectée du football africain, a profité de l’occasion pour élargir le propos et dénoncer les dérives politiques et économiques du football mondial. « Le football, ce n’est pas Gianni Infantino posant fièrement au Bureau ovale ou à Mar-a-Lago aux côtés d’un président qui nuit à l’Afrique en étranglant les Ong », a-t-il lancé mardi 20 janvier. Allant plus loin, le technicien de 77 ans s’est interrogé sur l’opportunité d’un boycott de la Coupe du monde 2026 : « Vu le comportement de Donald Trump envers le continent africain, je me demande s’il ne faudrait pas appeler au boycott. »
Déplorant la place croissante de l’argent et le silence des instances dirigeantes, Claude Le Roy estime que le respect et la dignité du football africain doivent primer, quitte à affronter d’éventuelles sanctions. « Les dirigeants du football ne parlent plus jamais de football, mais uniquement de fric. Mon combat n’est pas terminé », a-t-il conclu. À mesure que l’échéance approche, la Coupe du monde 2026 s’annonce comme un événement sportif sous haute tension politique, où la question d’un boycott, longtemps marginale, gagne du terrain dans le débat public.
E.KOUAKOU