Ce qui frappe dans la direction de Starmer depuis son arrivée à Downing Street, c’est l’absence totale de ligne claire. Les revirements s’enchaînent, les messages se contredisent, les annonces s’effacent quelques jours plus tard. La presse britannique, qu’elle soit de gauche ou conservatrice, ne cache plus ses doutes. Le Sunday Times, le Guardian, le New Statesman, tous pointent la même faiblesse. Jason Cowley résume le sentiment général dans le Sunday Times : Starmer ne garde aucune direction stable. En quinze mois seulement, la liste des volte-faces ressemble déjà à un inventaire de crise.
Suppression puis rétablissement de l’allocation hivernale pour les personnes âgées. Promesses sociales abandonnées puis reprises sous la pression. Discours sur l’immigration décrivant le pays comme une île d’étrangers, puis désavoué face aux critiques sur sa tonalité hostile. Plafond des allocations familiales, un jour supprimé, le lendemain repoussé. Aucun dossier ne semble tenu de bout en bout. Chaque décision ressemble à un ballon d’essai, vite lâché dès qu’il suscite la moindre résistance.
La situation autour de Rachel Reeves, ministre des Finances, a encore accentué la crise de crédibilité. Après avoir annoncé une hausse de l’impôt sur le revenu, elle a été forcée de reculer une semaine plus tard. Le coût politique est immense. La majorité travailliste se fissure, les députés se braquent et le pays observe un gouvernement qui ne parvient même plus à assumer ses propres annonces. Pour beaucoup d’électeurs, cette marche arrière n’a pas seulement sapé la confiance dans les finances publiques. Elle a exposé une faiblesse plus profonde : l’incapacité de Starmer à tenir une ligne et à défendre une orientation assumée.
L’impression qui se dégage est celle d’un pouvoir en permanence surpris par ses propres décisions. Comme si chaque ministre travaillait dans sa bulle, sans cohérence collective. Comme si le Premier ministre n’avait ni vision solide ni autorité suffisante pour imposer un cap. Le terme de gouvernement zombie revient souvent dans les analyses. Il traduit cette sensation de mouvement sans direction, de gestes mécaniques, d’un pouvoir encore vivant sur le papier mais déjà vidé de son énergie politique.
Le Royaume-Uni n’a pas seulement besoin de gestion. Il a besoin de clarté, de constance et d’un projet lisible. Aujourd’hui, Downing Street ne propose rien de tout cela. La majorité doute, la population décroche et les partenaires étrangers s’interrogent. Starmer avait promis compétence et rigueur. Quinze mois plus tard, il laisse surtout l’image d’un Premier ministre hésitant, enfermé dans des compromis permanents, incapable de transformer une victoire électorale en véritable leadership.
Le pays avance, mais sans direction évidente. Et rien, pour l’instant, ne montre que le Premier ministre saura retrouver un cap.
J.F.PAGNI